Sans entrer trop profondément dans la spiritualité, je sais que, comme moi, plusieurs personnes croient en une « puissance supérieure », une force universelle qui influence nos actions et les événements qui se produisent sur notre chemin. On peut l’appeler la Vie, l’Univers, la Source…

Dans cet ordre d’idée, on peut aussi conclure que certaines personnes apparaissent sur notre route pour une raison bien précise. Des gens arrivent et repartent, pendant quelques semaines ou quelques années. Tous ne seront pas interpellés… mais pour d’autres, le passage de certaines personnes génèrera une introspection profonde et des apprentissages précieux, malheureusement souvent au prix d’une certaine souffrance.

Je vais vous raconter une de ces histoires riches en apprentissage, qui s’est étirée sur douze ans. Ouais… il nous faut parfois trop de temps pour comprendre et apprendre. Cette histoire m’a appris à la dure l’importance du respect et de l’indulgence que l’on se doit à soi-même, et la reconnaissance de sa propre valeur comme personne.

Pour moi, les impacts de cette histoire particulière ont été majeurs, et c’est pourquoi je tiens à vous la partager .

 

UNE HISTOIRE PARTICULIÈRE

 Appelons-le Simon.

Simon est apparu dans ma vie en 2012 alors que je sortais d’une crise familiale particulièrement souffrante et éprouvante. On s’est croisés sur un site de rencontres dont le but premier n’était pas l’engagement matrimonial, si vous voyez ce que je veux dire. Le timing était parfait, j’avais besoin de quelque chose de simple, sans "cassage de tête"...

Malgré le fait qu’on vivait à 250 km de distance, on a décidé de se rencontrer à l'occasion d'un séjour qu'il venait faire chez ses parents qui habitaient non loin de chez moi.

Le premier contact a confirmé en 30 secondes l’attirance qu’on avait eu l’un pour l’autre au travers de nos conversations, et de nos photos. On s’est rejoints pour un café en début d’après-midi, et on s’est laissés en fin de soirée.

Les événements familiaux des années précédentes avaient grandement fragilisé mon estime personnelle et ma confiance en moi, qui n’étaient déjà pas très solides. Séparée depuis huit ans, je n’avais eu aucune relation amoureuse digne de ce nom, sans parler des échecs et rejets répétitifs. Simon me trouvait belle et désirable, et ça me faisait beaucoup, beaucoup de bien.

On s’est vus presque tous les jours de cette première semaine. Quand je me retrouvais dans les bras de Simon, je me sentais « à la maison ». C’était comme si on connaissait déjà le corps de l’autre… On était tous les deux un peu sonnés de ce qui nous arrivait.

Il est retourné chez lui, à Québec. On était en octobre. On a continué à s’écrire, se texter des mots délicieux, qui rendaient la distance difficile. On ne parlait pas de coup de foudre, mais plutôt de l’impression d’avoir trouvé notre âme sœur. Il m’avait suggéré de lire l’Alchimiste de Paulo Coelho… c’était tout à fait ça. J’étais bouleversée de réaliser que j’avais peut-être trouvé celui qui m’attendait.

Mes deux jeunes garçons étaient à l’époque en garde partagée une semaine sur deux, et il était hors de question de leur présenter Simon pour le moment. Il venait chez moi par blocs de deux ou trois jours, quand il le pouvait, durant mes semaines de « femme ». Chaque fois c’était une passion intense, une connexion physique et psychique indéniable. Cet homme me rendait folle de désir. Je suis tombée amoureuse de lui, même si on n’était pas partis sur cette base. Je ne lui ai pas verbalisé… mais je savais qu’il se passait la même chose pour lui… les mots qu’il me disait étaient pour moi ceux d’un homme amoureux. J’ai décidé de ne pas lui poser de questions, pour ne pas gâcher la magie des moments qu’on passait dans les bras l’un de l’autre.

Entre nos rencontres, il était souvent difficile d’avoir une réponse à mes messages. Il me disait qu’il travaillait beaucoup et qu’il était fatigué. Quand je lui proposais d’aller le retrouver à Québec, il répondait évasivement qu’il ne savait pas quand il serait appelé, et disait « que tu sois ici et qu’on ne puisse pas se voir serait pire ».  J’ai accepté sa réponse, mais bien sûr les doutes ont commencé à s’installer.

En février 2013, on a réussi à s’évader dans un chalet isolé en Estrie pour deux jours. Personne autour, de la bouffe et du vin, aucune nécessité de sortir. Ce fut deux jours de bonheur et de plaisir charnel et sensuel intense, dans une atmosphère douce et chaude.  Au retour, il est resté souper chez moi. Quand il a quitté, je me suis aperçue qu’il avait oublié les restants des soupers qu’on avait cuisinées au chalet et qu’il devait emporter. Je voyais encore les lumières de sa voiture au bout de la rue, alors je l’ai appelé. Pas de réponse. Je l’ai texté. Pas de réponse.

Parti, volatilisé.

Il n’a plus répondu à mes messages, ni à mes appels.

J’étais détruite. Bien sûr, ça devait obligatoirement être ma faute… Qu’avais-je fait pour qu’il me quitte ainsi? Je ne lui plaisais plus?

Pendant longtemps j’ai attendu un signe de lui. Je lui ai écrit des textos, des courriels. Après plusieurs mois je me suis réinscrite sur les sites de rencontres, mais je ne faisais que chercher son équivalent, son sosie. Il hantait mes pensées, constamment, et je paniquais à l’idée que je ne vivrais plus l’intensité des moments avec lui. Malgré la lâcheté cruelle de son geste, je lui aurais sauté dans les bras s’il m’avait recontactée. Je me trouvais pathétique.  

Une amie précieuse m’a dit « je ne peux pas croire que tu l’aimes plus que tu ne t’aimes ». Je devais me relever. Je me suis trouvée une thérapeute qui m’a aidée à comprendre que Simon avait ses démons et que je n’étais pas la cause de son comportement cruel. Elle m’a aidée à accepter ma peine et me donner du temps. Je n’ai cependant jamais compris comment il avait pu faire ça, comment il avait pu être aussi lâche et irrespectueux, ni pourquoi la vie était aussi injuste avec moi.

Chercher des réponses

Ajouté aux difficultés familiales vécues avant son arrivée dans ma vie, l’abandon violent de Simon m’a propulsée dans une période de grands questionnements. Je me suis interrogée sur le fait que je m’accrochais à des hommes qui ne restaient pas dans ma vie, qui finissaient par m’abandonner. J’ai lu beaucoup sur les blessures de l’âme et la dépendance affective. J’ai été en mesure de faire des liens avec mon enfance et l’absence de la présence d’une figure paternelle, mon père ayant quitté la maison familiale alors que j’entrais dans l’adolescence.

La solitude qui s’est installée dans ma vie à la suite de mon histoire avec Simon n’a été interrompue que par quelques rencontres stériles, que je sabotais moi-même. Une autre tempête s’était invitée dans ma vie familiale et je n’ai eu d’autre choix que d’y consacrer toute mon énergie. J’ai affronté seule des violences et des injustices que je ne souhaite à personne.

J’ai beaucoup pleuré et souvent souhaité avoir des bras protecteurs dans lesquels me blottir et me faire rassurer. Mais il n’y en n’a pas eu. Je ne compte plus les soirs de cafard, à rêver de partir sur un "nowhere", de faire des virées à vélo, de séjourner dans des petites auberges de campagne… avec un chum qui n’existait pas. Les soirées et weekends étaient interminables.  

Des réponses, je n’en trouvais pas.


Me retrouver

J’ai remonté la pente. La tempête familiale est enfin arrivée à son terme, fin 2017. J’ai pu respirer et constater à quel point j’avais été forte et courageuse. Ma confiance en moi a repris du poil de la bête, en même temps que mon estime personnelle. J’ai commencé à m’offrir des moments agréables, même en solo… des promenades à vélo, des shows de mes bands favoris. Je me suis loué un chalet cet été-là, j’y ai reçu mes amies et mes fils, à mon grand bonheur.  Je retrouvais peu à peu ma place dans ma propre vie.

Simon avait disparu de mes pensées.

Il y a bien eu le hiatus de la pandémie, pendant lequel la solitude est redevenue lourde… mais ne l’était-elle pas pour tout le monde ?  Dans tout ce chaos, je me consolais en songeant à tous ces gens qui, pour la première fois, expérimentaient la solitude et l’isolement, que je côtoyais moi-même depuis des années.

Et puis ont recommencé les belles escapades, dont je ne me privais plus. Je prenais de l’assurance, et de plus en plus de plaisir à me gâter, même en solo. J’avais la délicieuse certitude d’avoir trouvé un bel équilibre.

"Ben oui... c'est moi… »

Octobre 2021. Je suis à me cuisiner un repas de pâtes, avec Radiohead dans le speaker et en sirotant un bon blanc. La vie est belle. Puis mon téléphone vibre dans la poche de mon jeans.

« Ben oui, c’est moi ».

Un courriel de Simon.

Il débute en s’excusant pour les souffrances qu’il m’a fait vivre. Il était en couple avec une autre femme, (appelons-la Sophie), qu’il avait rencontrée peu de temps avant moi. Il avait donc eu une double vie pendant les quatre mois de notre relation. Il ajoute qu’il n’a pas été gentil avec elle non plus, et qu’il a des « choses à régler avec lui-même » pour réussir à être heureux sur du long terme. Il a essayé de l’être à travers des dépendances à l’alcool, au jeu, à la drogue, au sexe…  Il affirme être à nouveau dans une mauvaise situation… il espère que je suis heureuse et m’envoie toute son affection.

Ça m’a coupé l’appétit raide. Mais qu’est-ce que la vie essayait de me faire comprendre en m’envoyant cet homme là encore, maintenant …neuf ans plus tard? Simon n’avait pas le droit de revenir dans ma vie après y avoir fait autant de dommages. Il n’était pas question qu’il vienne foutre en l’air ma sérénité actuelle, acquise au prix d’un long et difficile processus.

Me sentant complètement à l’épreuve d’une rechute après toutes ces dernières années à travailler sur moi, je lui ai répondu le lendemain. Malgré cette conviction assurée, je ne pouvais m’empêcher d’être curieuse. Je lui ai dit que je n’étais plus du tout la femme qu’il avait connue, que j’étais maintenant heureuse et libre. Je lui ai offert écoute s’il en avait besoin, et je lui ai demandé pourquoi il revenait vers moi maintenant.

Il en a remis…disant regretter s’être caché alors que je demandais des explications. Il tenait à ce que je sache que notre brève relation lui avait laissé de très beaux souvenirs, et qu’il a souvent pensé à moi dans les neuf dernières années. Il souhaitait se libérer en s’excusant ainsi, et me libérer aussi, si tel était mon désir.

Je lui ai demandé si géographiquement un café était possible. Résidant désormais à Gaspé, il a proposé un appel vidéo. J’ai accepté, rassurée de savoir qu’avec la distance, aucune suite ne serait possible. J’allais enfin pouvoir vider la question avec lui et lui retirer son aura de mystère, qui m’avait hanté si longtemps.

Le danger et la tentation

On a jasé pendant deux heures. En gros, il m’a dit :

- qu’il faisait cette démarche pour se libérer lui, et peut-être moi aussi, par la même occasion;
- qu’il n’attendait rien de moi, il avait simplement besoin de s’excuser.
- qu’il avait eu des sentiments pour moi et que ce qu’on a vécu ensemble était bien plus pour lui qu’une histoire de sexe.
- qu'il appréciait beaucoup que j’ais répondu à son courriel, que j’aurais eu toutes les raisons de ne jamais le faire.

De mon côté, je lui ai dit :

-que je lui en ai beaucoup voulu, qu’il m’a fait souffrir énormément.
-que j’ai dû consulter après son abandon cruel;
-qu’au-delà de la souffrance, j’ai beaucoup appris sur moi-même.

La conversation a été franche. A-t-il été honnête? Je n’avais aucune façon d’en être certaine. Mais mon ultime question demeurait… pourquoi réapparaissait-il dans ma vie maintenant? Je savais que je risquais gros en acceptant de reprendre contact avec cet homme-là. Et pourtant, je lui ai ouvert la porte toute grande.

Bien sûr je m’imaginais dans ses bras, encore. Comment aurait-il pu en être autrement?  Mon travail dans les semaines à venir allait être de peser le pour et le contre de le revoir, de faire intervenir ma raison plutôt que mon cœur. Je me sentais en contrôle, certaine de pouvoir gérer la situation.

Il est venu rendre visite à ses parents à l’occasion des Fêtes, et j’ai accepté de le voir.  Il est passé par chez moi à la fin de son séjour, avant de reprendre le chemin de la Gaspésie. En le voyant sortir de sa voiture j'ai constaté qu'il était aussi beau que dans mes souvenirs, même si un peu plus gris. On est allés marcher au bord du fleuve. On a encore reparlé de notre brève et intense relation, et dans quel état celle-ci m’avait laissée. J’ai aussi dit que je n’avais ni regret ni colère. Le temps m’avait aidée à tourner la page.

Il n’est pas resté longtemps. Quand on s’est laissés, à côté de ma voiture, on s’est fait un câlin. Bien sûr, le courant passait. La belle et douce étreinte qu’on s’est donnés était suffisante pour savoir que tout pourrait recommencer comme neuf ans auparavant.

Mais justement, moi je n’étais plus la femme insécure et blessée qui s’était à l’époque désespérément accrochée à cet homme.  Je l’ai regardé dans mon rétroviseur en quittant, et j’étais sereine.  Aucun regret, aucune tristesse… contente de l’avoir revu, c’est tout. Tout ça m’a laissée rassurée. Pas de drame, pas de larmes, pas d’attentes.

Pourtant…

Comme c’était dans mes habitudes de femme solo et libre des dernières années, j’avais loué un chalet pour la fin février, cette fois-ci à l’ile d’Orléans.

J’ai fermé les yeux pour ne pas voir les milliers de drapeaux rouges qui s’agitaient furieusement dans tous les sens... et je lui ai lancé l’invitation de venir m’y rejoindre.

 

Et c'est reparti

Il a accepté mon invitation pour l’Ile d’Orléans, en me disant « je te ferai à manger, je te préparerai ton déjeuner, je veux te gâter…. »  J’avoue que le portrait me plaisait, tout en « essayant » de ne pas me créer d’attentes. Je ne pouvais pas être certaine de sa sincérité, ni ignorer la possibilité qu’il me ghoste encore. Je devais agir librement,  en toute connaissance de cause, et sans attente.

J’assumais le risque, j’étais prête à prendre ma part de responsabilité dans mon « pétage de gueule » si cela devait arriver. N'étant pas faite en bois, je ne pouvais pas dire non à la possibilité de revivre les beaux moments déjà vécus avec Simon. Entre ça et rien, je choisissais ça. Aussi, je devais explorer ce que signifiait le retour de Simon à ce stade de ma vie. Après tout, il pouvait avoir changé…

Ironiquement, il était disparu de chez moi le 12 février 2013 (au retour du chalet en Estrie), et il y est revenu le 13 février 2022. Tout a recommencé exactement comme neuf ans auparavant, la connexion, l’attirance implacable, le désir constamment présent. Mais cette fois s’est ajouté un semblant de vie quotidienne, puisqu’il est resté trois semaines chez moi. On télétravaillait tous les deux, il me cuisinait des bons repas, on sortait marcher avec son adorable chien.

On a passé une nuit à Québec avant de se rendre au chalet que j’avais loué. Une journée pendant laquelle il m’a montré où il avait habité, fait voir des beaux coins de la vieille ville, comme il avait promis de le faire neuf ans plus tôt. Les deux jours au chalet ont été délicieux. Il avait effectivement prévu tous les repas, et je me suis laissée gâter, à mon grand bonheur. Tout était beaucoup plus simple et ouvert avec Simon. Je commençais à entrevoir une possibilité de relation normale avec lui. On était incroyablement bien ensemble. Simon me faisait sentir vivante, amoureuse, belle et désirable. Il n’y avait plus de mystère, plus de cachettes. Il disait se sentir "authentique" avec moi... comme un Simon 2.0....

À plusieurs reprises durant son séjour, il a réitéré ses regrets d’avoir été si cruel et de m’avoir fait vivre de si pénibles moments en 2013, me qualifiant aussi de "femme exceptionnelle". Je commençais à le croire sincère.

Il est retourné chez lui en mars, puis m'a fait la surprise de revenir passer les congés de Pâques avec moi. Cette fois, il a rencontré mes fils et ma sœur. Pendant ces quatre jours, la connexion a semblé devenir encore plus intense. Simon et moi semblions liés par une énergie de plus en plus puissante, qu'on arrivait difficilement à s'expliquer.

Simon se projetait déjà à sa prochaine visite à l’automne suivant. Mais tout d’abord, j’allais me rendre chez lui pour mes vacances estivales, et je ne tenais plus en place.

 


Un Simon différent chez lui

Simon m’avait parlé d’une situation compliquée quand il m’avait recontactée l’automne précédent. En effet, il habitait le sous-sol de la maison de son ex-conjointe (avec laquelle il s'était remis en couple pour la troisième fois...), d’ici au retour de celle-ci, partie sur un contrat à l’extérieur. Il se cherchait donc un appartement. Alors quand je me suis présentée à Gaspé en juin 2022, il est venu habiter avec moi dans les hébergements que j’avais loués.

Simon avait un travail saisonnier, et je savais qu’on ne pourrait pas passer nos journées ensemble. Ça ne me posait pas vraiment de problème, j’avais l’habitude d’occuper mon temps en solo. On se retrouvait en fin de journée quand il n’avait pas d’imprévu à gérer ou une quelconque réunion.

Ces deux points n’étaient pas ce qui m’ennuyait le plus.  

J’ai découvert à Gaspé un Simon différent, froid, fatigué et pas spécialement attentionné ni chaleureux envers moi, alors que ses séjours chez moi et ses belles paroles m’avaient préparée à tout le contraire. Les moments agréables ont été très peu nombreux. J’ai compris qu’il était à l’aise quand c’était lui qui décidait des moments où il voulait être avec moi… mais que l’inverse ne fonctionnaient pas nécessairement. Je me suis sentie comme une intruse qui venait bousculer son quotidien.

Quelques jours avant que je prenne le chemin du retour, il a trouvé son nouvel appartement. Il a aussi retrouvé le sourire, il était content et enthousiaste en m'annonçant que j’aurais désormais un pied-à-terre à Gaspé, et que je pourrais même venir m’y installer pour télétravailler, aussi longtemps que je le voulais. On a même ouvert le champagne pour célébrer la bonne nouvelle!

Cette belle attitude retrouvée ne m'a pas complètement convaincue... j'ai gardé un goût un peu amer de mon séjour chez lui.


Copié / collé

Mon impression s’est confirmée durant l’été. On s’est fait des appels vidéo et le Simon que je voyais n’était décidément plus celui du début d’année. Le ton avait changé...dès que je parlais de retourner le voir à Gaspé, il disait que ça lui ferait plaisir « que j’aille passer un moment avec lui » sans plus.  En août, j’ai proposé qu’on se rejoigne à mi-chemin pour un week-end… mais il a annulé à la dernière minute (sans même se soucier si j'allais pouvoir me faire rembourser la réservation du motel), se disant trop fatigué pour faire la route. Aussi, il avait recommencé à boire et devenait vulgaire dans ses propos.

Mal à l'aise, j’ai décidé de prendre une distance dans nos contacts. Il s’est aussi fait très peu loquace. De toute évidence, je ne lui manquais pas, et je ne faisais pas partie de ses priorités. Il y a bien eu un ou deux messages texte en août et septembre dans lesquels il continuait de se plaindre de la fatigue et de ses problèmes au travail.

Tout ça commençait à ressembler étrangement à 2013. La distance, les silences, la fatigue, les frustrations envers un travail trop envahissant…. Avais-je vraiment envie de retomber dans ce pattern de l' attente constante des nouvelles de l’autre, de gaspiller mon temps et mon énergie à surveiller mon téléphone dans l’espoir d’y voir un message de lui? J’avais fait un trop précieux travail sur moi pour ainsi reculer sur mon chemin. Je devais retourner à ce que je faisais très bien avant le retour de Simon en octobre 2021, c’est-à-dire prendre soin de moi en priorité, et n’attendre plus rien de personne… et encore moins de lui.

J’étais bien, j’étais forte, j’avais atteint une belle sérénité dans ma vie. Je ne devais pas permettre à Simon de faire d'autres dommages et de mettre tous mes acquis en péril.

J’avais été généreuse en acceptant de donner une deuxième chance à ma relation avec Simon. À ma défense, j’y avais vraiment cru. Mais je connaissais maintenant ma valeur, et celle-ci n’était plus déterminée par mes relations, et encore moins par la façon dont Simon gérait la relation qu'il avait lui-même rétablie.  Contrairement à la Pascale 2013, la Pascale 2022 ne se contenterait plus de miettes.

J’ai compris à ce moment que la vie m’envoyait une autre occasion de vérifier les apprentissages que j’avais fait dans les dernières années, à propos de moi, de mon bonheur, de mon estime personnelle, de ma confiance en moi, et surtout, du respect que je me devais, à moi. Je devais simplement me ramener à tout ce que j’avais bâti depuis dix ans, et que je ne m’écarte plus de cet état de sérénité.   Tout devenait tellement clair…

Je me suis souvenue de ce que mon amie m’avait dit dix ans plus tôt…. « je ne peux pas croire que tu l’aimes plus que tu ne t’aimes ». Eh bien cette-fois-ci , je me suis choisie.

À la fin de l’automne, j’ai envoyé un message à Simon lui disant que je ne le contacterais plus, que je le laissais me revenir s’il avait envie d’une suite avec moi.

Je n’ai eu aucune réponse.

Quand la solitude te guide mal

L’approche des Fêtes et la crainte de les passer encore seule, ajoutée à un verre de trop, m’ont fait envoyer un message texte à Simon au début décembre de la même année. Non, je n’étais pas fière de moi. Je lui disais en gros que je savais bien que je serais incapable de m’en tenir au silence, et que j’avais envie de savoir comment il allait.  Il a répondu rapidement et on s’est fait un appel vidéo. La conversation l’a amené à me dire qu’il serait dans mon coin la semaine suivante…. J'ai été décontenancée…Pourquoi ne m’avait-il pas avisée ? Il s’est justifié en disant qu’il se sentait mal de ne pas avoir répondu à mon dernier message…

Il est donc passé chez moi quelques jours plus tard. Étrangement je n’avais aucun papillon à l’idée de le revoir, ni même quand j’ai vu sa voiture arriver devant chez moi. Comme si je ne le « sentais pas ». Quand il est entré, on s’est fait un simple câlin.  On s’est assis sur mon divan, et je suis restée un peu en retrait.  

On s’est mis à jour dans les dernières nouvelles, puis je lui ai demandé quels étaient ses plans pour le reste de la journée. Il était presque 17h, il ne pouvait pas envisager de repartir pour Gaspé ce soir-là.

Le chat est alors sorti du sac. Il retournait à Québec retrouver Sophie. Oui, oui, la même Sophie pour laquelle il m’avait "ghostée" dix ans plus tôt et qu'il a admis avoir fait souffrir encore plus que moi...

J’ai bien tenté de lui dire ma façon de penser, calmement. Mais à mesure que les mots sortaient, je savais que je gaspillais mon énergie. Mon intuition avait été juste. Je lui ai demandé de partir. Pour une raison que j’ignore, alors qu'il avait la main sur la poignée de  la porte, il a laissé tomber ses sacs et m’a prise dans ses bras. Il m’a serrée très fort, pendant de longues secondes.

Quand il a lâché son étreinte, ses yeux étaient remplis de larmes.

 

La libération

Le plus difficile a été d’accepter d’avoir été bernée une deuxième fois par le même homme, et d’une façon identique.  J’ai encaissé le coup, mais je me suis relevée plutôt rapidement. Après tout, je l’avais vu venir tout l’été…

Mais qu’avait donc Simon pour que les femmes qu’il faisait souffrir  acceptent de le reprendre, deux et trois fois?  Ses talents combinés de séducteur et de menteur, sans doute…

En mai 2024, j’ai pris ma retraite d’un travail qui me plombait le moral depuis deux ans et ce fut une délivrance pour moi. Pour célébrer cette immense étape, je me suis organisée un été d’escapades et de road-trip en solo, évidemment (voir mon texte Road trip en Gaspésie avec Jérôme). Cinq jours après mon dernier jour de travail, j’ai pris la route de la Gaspésie, avec une idée bien précise en tête.

Je me suis arrêtée à Gaspé en soirée le 23 mai. J’ai avisé Simon de ma présence par texto seulement le jour même de mon arrivée, et je lui ai demandé si on pouvait se voir.  Fidèle à lui-même, il ne m’a répondu que le lendemain matin, disant être content que je sois en vacances dans son coin. Comme il était indisponible ce jour-là, on s’est donné rendez-vous pour souper ensemble le lendemain. Je suis quand même passée le voir à son travail en matinée, et j’ai été rassurée de voir que l’attirance magnétique n’y était plus, même si je le trouvais encore toujours aussi beau.

On a soupé chez lui, dans le même appartement qu’il avait trouvé quand j’étais en vacances chez lui deux ans plus tôt. Je lui ai dit que je venais à Gaspé pour me libérer de lui, pour de bon. La conversation s’est poursuivie dans l’honnêteté, la réceptivité et l’ouverture. En recevant mon message la veille, il avait craint que je sois venue pour l’engueuler et le couvrir de reproches. Il a vite constaté qu’on bien était loin de ça. On a mis nos trippes sur la table, et si au départ il minimisait notre histoire en parlant d'une  « aventure », il a fini par admettre que notre lien avait été fort et particulier. Je lui ai expliqué le chemin sur lequel ce lien m’a aiguillée, à quel point les leçons tirées m'avaient élevée vers une meilleure version de moi.

Je sentais que Simon, lui, était encore enfermé dans ses blessures et ses conflits intérieurs. Je voyais un homme qui n’avait pas évolué, encore fatigué et insatisfait de sa situation, sans un sou devant lui, et qui ne posait aucune action pour améliorer sa situation. Nous étions maintenant loin l’un de l’autre à plusieurs égards. J’ai bien compris que, même si je l’avais longtemps souhaité, je ne pourrais plus reprendre cet homme dans ma vie, je ne pourrais pas vivre avec lui. Je savais maintenant que je n’étais plus amoureuse de lui, et que j’étais aussi libérée de mes attentes envers lui et ce lien « particulier ».

J’ai donc pu quitter Gaspé libre et légère. J’ai souhaité à Simon de faire le chemin vers sa guérison comme moi je l’avais fait, de cesser de répéter des patterns qui l’emmènent, lui et les femmes qu’il croise et recroise, dans la souffrance et les mensonges.

Oui, c’est possible de vouloir le meilleur, même pour ceux qui nous ont fait souffrir.  Mais on ne peut pas vouloir à leur place... et j'ai peu d'espoir pour Simon. Je crois qu'un menteur manipulateur continuera de mentir et de manipuler...il ne fera que s'exercer à le faire de mieux en mieux.

 

Épilogue

Le contact a repris il y a quelques semaines. Une bulle au cerveau... je l’ai invité à souper s'il venait dans mon coin pour les Fêtes. Une soirée « pour se faire plaisir » et rien d’autre.

Qu'est-ce que j'étais en train de faire là?

On s’est échangé quelques messages étranges, étalés sur trois semaines environ, auxquels Simon prenait plusieurs jours à répondre, démontrant une fois de plus son manque de respect et de savoir-vivre. J'ai décidé de l'imiter à ce jeu, pour évidemment réaliser que ça n'allait nulle part. J'ai compris qu'il n'y avait plus d'intérêt de mon côté non plus. Malgré l’invitation que je lui avais faite, je n’avais plus du tout envie de le voir.

Alors que je me questionnais sur la pertinence de cette invitation,  j’ai eu tout un flash.

Quand j’ai arrêté de fumer, en 1991, j’ai gardé dans mon sac à main un paquet de cigarettes pendant presque six mois. Le fait de le savoir à ma disposition m’empêchait de sentir le manque et facilitait mon sevrage, même si je n’y touchais pas. Ce faisant, je me donnais la permission de flancher, ce que je n'ai pas fait. J’ai fini par jeter le paquet, quand le contenu est devenu sec. Je n’ai plus jamais fumé.

Cette ultime reprise de contact avec Simon a joué exactement le même rôle que mon paquet de cigarettes.  Le sentir à ma disposition m’a menée à enfin réaliser qu’il ne restait rien de cette connexion à laquelle j’avais trop longtemps voulu croire.  Il me restait un dernier geste à compléter. « Jeter » Simon maintenant, une fois pour toute, me permet enfin de créer dans mon coeur l’espace nécessaire pour accueillir l'amour dans une relation saine et simple, enrichie par tous les apprentissages acquis dans les douze dernières années... un amour basé sur un respect mutuel et un engagement solides...bref tout ce que Simon n'a jamais eu l'intention de m'offrir.

Je vous promets, cette fois la libération est complète. 💙

  

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